Dossier | L’Urbex

Le Journal de la RTBF du 29 mai 2021 consacrait un reportage à l’Urbex avec en toile de fond, le terrible accident qui a coûté la vie à un petit garçon alors qu’il se trouvait sur le toit d’un bâtiment d’un site désaffecté dans la Région Liégeoise.

Je vais profiter de cette diffusion pour résumer la pratique de l’urbex et pour essayer de décortiquer le vrai du faux ou la réalité au regard des idées reçues…

Définition

Selon Wikipédia l’exploration urbaine, abrégé urbex (de l’anglais urban exploration), est une pratique consistant à visiter des lieux construits et abandonnés par l’homme. Nicolas Offenstadt (historien français) la définit ainsi : une « visite sans autorisation et le plus souvent sans but lucratif de lieux délaissés ou abandonnés ».

Évolution de la Pratique

Lors de leur interview sur la Premiere (radio de la RTBF) en 2018, les photographes-urbexeurs Sylvain Margaine et Gilles Durvaux soulignaient que cette activité est bien différente selon l’approche personnelle de l’explorateur urbain. Si pour le photographe artistique, elle est d’abord et avant tout historique et documentaire, on constate aisément qu’avec l’émergence des réseaux sociaux, elle s’étend à un public plus intéressé par le côté sensationnel de l’exploration.

On remarque aussi une certaine banalisation de l’urbex qui pourrait sous-entendre qu’elle devient une activité accessible à tous voire touristique… C’est bien loin d’être effectivement le cas !

Codes

Qui n’a jamais entendu parler de ces trois « règles » principales qui régissent l’urbex ?

  • Ne jamais donner les adresses des spots (lieux à explorer) !
  • Ne jamais entrer par effraction ! (définition du Larousse : « Rupture, forcement ou enlèvement de tout dispositif servant à fermer un passage ou une clôture »)
  • Ne jamais dégrader, détruire ou spolier le lieu visité !

Ces « règles » ne sont, en définitive, que des codes de bonne conduite et de bon sens émis et pratiqués par les premiers urbexeurs afin de préserver les spots de toute dégradation ; l’intérêt étant de découvrir les lieux tels qu’ils étaient agencés lors de leur abandon.

Pratique illégale… ou pas…

L’affirmation qui stipule que « l’urbex est une pratique interdite » sous-entendue car elle n’est pas légale mérite et nécessite d’être nuancée.

Joëlle Verbrugge avocate spécialiste en droit photographique, précisait, dans une interview de 2019 pour Déclic Numérique (voir ci-dessous), que l’urbex n’étant pas définie par la loi (ce qui est toujours le cas au moment d’écrire ces lignes), elle n’est donc pas illégale en soit. Ce sont, en fait, les différents actes posés par l’urbexeur durant son exploration qui peuvent être jugés légaux ou illégaux en fonction des diverses règles en vigueur dans le pays visité.

La notion qui est à mon sens est la plus importante – en Belgique, en tout cas – est la suivante : si la violation d’un domicile est un délit punissable par la loi, la violation de la propriété privée (sous-entendue qui n’est pas un domicile) n’est, quant à elle, pas définie comme un délit si le lieu est ouvert et inutilisé.

Que risque alors l’urbexeur ? A priori, rien s’il ne commet aucune infraction pénale (entrée par effraction, vol, dégradation, etc.).

Ces informations sont aussi confirmées dans un article écrit par François Nemeth & Nicolas Poloczek pour RTBF.be et publié le 18 août 2014.

Pratique dangereuse : quelques conseils

L’exploration urbaine reste une pratique dangereuse. En effet, ces lieux laissés à l’abandon recèlent de nombreux pièges : verre brisé, métaux tranchants, sol parsemé de trous béants souvent cachés par de simples planches, seringues délaissées par des junkies, etc.

Afin d’éviter tout problème, il est nécessaire de suivre ces quelques conseils de base :

  • Prévenez un de vos proches du lieu de votre expédition afin qu’il puisse savoir à tout moment où vous vous trouvez. N’hésitez d’ailleurs pas à lui envoyer régulièrement un message pour le tenir informé.
  • Ne faites jamais d’expédition seul ! Explorez au minimum en binôme afin de prendre soin l’un de l’autre… Une chute, une blessure voire une agression par des personnes mal intentionnées peut toujours arriver et dans ce cas, il est nécessaire que l’un de vous puisse appeler les secours.
  • Protégez-vous au maximum : des gants, des chaussures avec de bonnes grosses semelles, une lampe de poche voire un masque ne sont pas du luxe.
  • Ne prenez aucun risque inutile ! Votre vie est précieuse !  
Conclusions

L’exploration urbaine est une activité qui ne s’improvise pas ! Ce n’est pas un phénomène de mode mais bien un concept.

S’il est important d’être équipé au minimum, toute expédition doit être préparée et réfléchie.

Gardez toujours en mémoire que si le lieu est maintenant abandonné, ce n’était pas le cas dans le passé ! Respectez son histoire et la mémoire des personnes qui y ont vécu ou travaillé en le laissant dans l’état dans lequel vous l’avez trouvé.

Rappelez-vous qu’entrer par effraction, dans un domicile, sur un site en chantier ou en déconstruction entre autres sont des délits punissables par la loi !

Et surtout, ne succombez pas à la tentation de prendre une photographie exceptionnelle en risquant votre vie…

Respect et Prudence sont les maîtres-mots !

Rédigé par © Fabrizio Prosperi, cet article n’a aucune valeur juridique.

Déclic Numérique – Interview de Joëlle Verbrugge, Avocate
CEyes – Interview de Louis, Urbexeur